Episode 74 – Coulisses

 

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KerBiloute, un jour ordinaire.

Jules _ Hey! en fait le journaliste de France 4 m’a rappelé.

Moi _ Ah, bin c’est fou depuis le temps, je pensais qu’il avait fini son tournage.

Jules _ Non. Il vient ce WE.

Moi _ Ah d’accord.

Alors là j’ai dit « ah d’accord », mais en vrai, je pensais plutôt « aaaaaaaaaaaaaaaah ».

La tévé à KerBiloute, c’est un peu notre arlésienne. On en cause, on en cause, on nous propose des trucs, on hurle, on pouffe en faisant les snobs ou on accepte, et ça tombe à l’eau au dernier moment. C’est pas vraiment réel quoi. Un truc un peu rigolo, un peu foufou, qu’on aime bien imaginer, mais qui ne se concrétise jamais.

Et quand ça devient vrai, et qu’en plus y’a pas vraiment le temps d’y réfléchir et de s’organiser, ça panique un peu (j’aime pas trop bien ça, moi, pas avoir le temps de réfléchir et d’organiser. L’imprévu c’est bien, mais pas là, par exemple.)

J’ai pensé à tous ces petits trucs laissés pour compte depuis l’emménagement, ces absences de finition honteuses, cette to do list qui s’allonge par un bout sans trop rétrécir par l’autre… On est bien d’accord, KerBiloute n’est pas finie, elle n’aurait jamais pu être finie dans la semaine, mais j’avais envie de la rendre la plus présentable possible. Comme ton gosse à un mariage. Mmmmmm. Ou plutôt, comme ton mec à un mariage. (Toutes les moitiés d’adolescents attardés me comprendront.)

Bref. J’ai fait une liste intitulée « à faire pour la venue des journalistes » (mon Dieu, mais je suis complètement…. maman, sors de mon corps!!!). J’ai posé une journée de congés pour réaliser le contenu de la liste. Qui s’est avérée être la veille du D-day.

Là, Jules s’est moqué de moi. Je lui ai demandé si lui n’avait pas envie d’en profiter pour faire deux-trois trucs qu’on laisse traîner depuis l’emménagement. Il a dit : « nan, mais tu sais moi j’m’en fous. »

Rebelle blasé, quoi. (Il aime bien être rebelle, genre hugh jackman dans australia X-men, pas rasé, détaché de la vie, toussa).

Ma journée de congés est arrivée, j’ai peint l’ilôt, j’ai ciré le parquet, j’ai planqué à l’arrache les étagères moches de la cuisine, j’ai nettoyé les bouches de la VMC (c’est pour dire si j’avais envie que ça soit nickel.), j’ai rangé le cellier. J’avais prévu de peindre des sous couches aussi, mais j’avais un peu présumé de ma rapidité d’exécution. En gros, trois mots d’ordre : rangement, nettoyage, planquage. Jules n’a rien fait, selon sa ligne de conduite de « je m’en fous, moi ».

Dans la semaine a été également improvisée une virée chez l’ami suédois pour acheter de quoi couvrir notre canapé, dont les coussins dénudés commençaient à être passablement tâchés par divers fluides corporels des enfants (vous ne voulez pas en savoir plus). On avait pas trop l’inspiration pour acheter plus (pourtant une table basse et moultes coussins auraient été les bienvenus), parce que petit troize avait décidé qu’il avait envie de tester tout ce qui était à portée de main chez le suédois, et du coup il a fallu écourter.

Juste, à un moment j’ai entendu un vague : « hey regarde les coussins là ils sont pas chers!! », dont l’écho s’est aussitôt dissous dans mon hypoglycémie préprandiale.

Heure h-12.

Me voici donc Vendredi soir, épuisée de ma journée de travaux ménagers (qu’est ce qu’on perd l’habitude, vache). Là dessus, Jules-qui-s’en-fout-que-y’a-la-tévé-qui-vient me passe un coup de fil.

« Je retourne chez Ikea, là. Alors, rouges ou noirs les coussins?

Hein? De? Nan, mais moi je meurs de fatigue, j’ai faim, faut rentrer prendre le relais avec mini-relou, et là je vais DORMIR jusqu’à leur arrivée demain matin.

Nan, mais, rouges ou noirs?

Mais quoi???

Les coussins!

Quels coussins?

Bin tu sais on en a parlé hier!!

Bouuuh…  Joker? »

Une à deux heures plus tard, Jules rentre avec la moitié du magasin.

Il a acheté une table basse (little dispute à suivre, à propos de l’unilatéralité de la décision d’achat de la susdite table), il a acheté les coussins, noirs, donc. Pour être honnête, ils sont pas si moches, finalement. Mais je lui dirai pas tout de suite, je suis naze et j’ai faim.

Bon sauf qu’il faut monter la table, avant de manger (re-dispute). Je laisse Jules à ses vis M8, et file me détendre dans un bain. Là, vous me direz, qu’est ce qu’elle vient nous casser les glaouis avec ses détails d’hygiène corporelle. Et là, je vous réponds que le détail a toute son importance, car c’est en vidant ce fameux bain que nous nous apercevons que nos tuyaux d’évacs sont bouchés. Sont ENCORE bouchés, devrais-je dire. Pour la 3è fois cette année. Rappelez vous, le maçon, pour s’excuser de sa boulette, nous avait posé nos évacs, à notre place. Eh bien il semblerait qu’il y ait une malfaçon, une pente mal dosée ou un Y mal placé. Du coup, ça se bouche tous les 4 à 6 mois. Et là, bin c’est aujourd’hui. Donc : plus de douche, plus de chasse d’eau, plus de vaisselle (ou dans l’esprit camping, alors). Plus d’évacs possibles, quoi. Je pressens une mise en place de loi de Murphy.

Heure h-1

Voilà, c’est le matin. Numéro un et numéro deux sont en vacances à l’autre bout de la France, et on a demandé à personne de nous garder numéro trois, qui atteint des sommets de lourdeur en ce moment quand on fait mine de vouloir le laisser.

On a plus ou moins anticipé qu’il risque d’être un peu pénible. Ce qui consiste à la réflexion à être vaguement inquiet, et n’avoir préparé aucune diversion (oui mais moi je faisais des listes, on peut pas tout faire).

Au final, fait remarquable, il se réveille pas à l’heure voulue. On flippe un peu, parce qu’il s’est cogné la tête quelques jours avant, et sur la liste que les urgences nous ont donnée, y’a écrit : signes d’alerte : il dort trop.

On le réveille. Il est super mou, atone. Sur la liste, y’a aussi il est mou (en langage médical). Je commence à flipper. On appelle le 15, ils nous conseillent d’aller voir un toubib.

DSC04151Heure h

Je prends rendez-vous chez un toubib. Au moment où je raccroche, les journalistes arrivent. C’est pas si mal, ça m’empêchera de psychotter à mort sur les handicaps futurs de mon fils suite à son hémorragie sous-durale. Ce sont trois gars. Sympas. On les accueille, on discute un peu. On leur dit d’utiliser les toilettes sèches, rapport à nos problèmes d’évacs. Bon point pour eux : ils savent ce que sont des toilettes sèches et n’ont même pas peur. A vrai dire, ils ont filmé une chansonnette sur le sujet dans leurs pérégrinations pour ce reportage.

Je pose troize sur Jules le temps de mettre mes chaussures, et pour la blague je lui dis : « si tu vomis, vomis maintenant, sur Papa. » (vous aurez reconnu au passage une citation de Wayne’s world, comme quoi même dans les moments dramatiques, je garde mes références pourries)

Mon enfant d’amour obéit, et vomit sur son père. Ca a pour effet temporaire de couper un peu la discussion.

Je pars chez le toubib.

Heure h+2

Je reviens de chez le toubib (« juste » une gastro, ouf). Ils ont déjà un peu filmé l’extérieur. Les journalistes présentent le déroulement du reste de la journée. Qui va être un peu speed, ils doivent repartir en milieu d’aprèsm, parce qu’on habite au bout du monde et qu’il leur faut une journée à dos de chameau pour rentrer à la Capitale.

J’entends un hurlement.

C’est Jules (dont vous découvrirez donc le VRAI nom lors du visionnage du reportage, ouuuuuh, suspens), qui vient de se faire arracher une dent (on dirait) 3 poils de torse, il fallait déplacer le micro qui était scotché sur sa poitrine. Ils font une première prise de vue -saynette intérieure avec Jules. Vous ne la verrez pas. Ou vous rirez. Mais je pense que vous ne la verrez pas : il parle bras serrés sur le torse, crispé à mort, et tellement naturel qu’il pourrait jouer dans « plus belle la vie ». Je pouffe (oui, vilaine). Et je prends les poils sur le scotch en photo (vilaine bis).

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A un moment le cameraman filme de près nos meubles de cuisine, qui partent en sucette à cause du béton cellulaire acheté d’occasion mouillé, et nos étagères cachées à l’arrache avec un tissu ikea et 3 clous.

Je lui ordonne par télépathie de pas filmer mes cache misère.

Déception. Je ne suis apparemment pas télépathe.

Heure h+4

Après un repas express : des crêpes (obligatoire, t’es breton, tu reçois des extérieurs, tu fais des crêpes, c’est la règle, même si c’est pas le plus pratique quand il faut faire un repas express).

Et puis c’est mon tour d’être filmée, pour expliquer comment le blog de KerBiloute est absolument génialissime, exercice de style un peu compliqué pour moi. J’ai lu un ou deux articles, je les ai trouvés très très perfectibles pour être polie et indulgente avec moi même (et pas du tout adaptés à la lecture à voix haute).

Je m’installe sur le canap’ en vue de la prise.

Et là, le chef (en orange ci dessous) dit : « ah là là virez moi tous ces coussins, là, c’est moche ».

Je regarde Jules. Jules me regarde. Je jubile.

Voilà, voilà, ils ont filmé un peu sur le filet (acrobatique, les cameramen sont mes nouveaux héros) et il était déjà largement l’heure de filer. Ils sont repartis dans un tourbillon de fumée, avec l’estomac plein de cidre, et peut être quelques virus de gastro-entérite flottant autour d’eux.

Sauf catastrophe majeure, vous devrez donc apercevoir nos trognes d’ici la fin du mois, sur France 4, dans un docu intitulé « ils ont construit leur maison tous seuls ».

Et rien que pour vous, parce que vous êtes encore là même si je poste plus grand chose (mea culpa, c’est ma très grande faute), voici les coulisses résumée en une photo :

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6 commentaires sur “Episode 74 – Coulisses

  1. Hihi, Je viens de lire votre article et de regarder le schéma avec tous les intervenants, ça m’a tellement faire rire que je vous laisse un p’tit commentaire pour vous féliciter de votre carnet de chantier. Je rigole toute seule devant mon ordinateur, c’était drôle. Merci beaucoup, Odylle

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  2. bonjour, Je trouve ça génial que la TV s’interresse à votre projet et qu’il puisse réaliser un sujet digne du succès de votre blog. Si toute fois vous avez les dates de votre passage, merci de faire un signe, sa m’interresse énormément. Bonne continuation  

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  3. Super! Je partage l’avis d’Alexandra. Bon,… On verra ce que ça donne. Au fait, je suis passé devant Kerbiloute l’autre jour. En réalité je passe très régulièrement devant mais je ne l’avais jamais vue. Preuve que votre home, sweet home s’intègre bien au paysage.

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