J’ai parlé.

Hier soir, j’ai parlé dans un micro.

C’était un peu uuuuuuuh, mais pas tant que ça, finalement. Moins que ce je craignais.

Vous vous demandez ce qui se passe. Bien sûr. Eh bin… eh bin, je change, voilà. Soyons honnête, un peu à l’insu de mon plein gré. Je suis obligée de changer. Je suis obligée d’aller vers « LesGens » et de communiquer. C’est une vraie violence, c’est terriblement contre nature pour l’introvertie que je suis, mais je ne vois pas d’autre chemin. J’ai l’écrit, il est maintenant temps que je trouve la parole, parce que oui j’ai des choses à dire, à partager.

Je sais très bien quand ça a commencé ce bordel. Ça a commencé le 11 Octobre, lors de la conférence de Jean Louis Etienne à Brest. J’y allais pleine d’espoir, persuadée qu’en sortant, je verrai, concrètement, comment passer à l’étape suivante pour changer le monde (oh ça va, c’est pas mon melon qui parle, c’est la conférence qui portait ce titre). JLE était impressionnant d’optimiste, d’enthousiasme, d’humanité et d’humilité, une incroyable personnalité inspirante en qui puiser espoir à foison. J’y ai également découvert Gaël Dérive, écrivain voyageur passionnant et pertinent. Mais en sortant, je restais sur ma faim. Mon « concrètement, demain, je fais quoi DE PLUS? » n’avait pas eu de réponse.

Ou, si, un semblant de réponse, mais que je n’avais pas du tout envie d’admettre ni de creuser.

« A un moment, il faut se bouger, se regrouper, et aller se frotter aux politiques pour faire avancer le schmilblick dans son cercle d’influence, à l’échelle de son territoire. »

(OK, JLE n’a pas dit schmilblick, mais vous voyez l’idée générale)

Voilà. Lâchez les (mots-)fauves! « Regrouper »? Ni ma came, ni ma compétence. Pour moi le respect des choix, les valeurs et les histoires de chacun, c’est central, alors couplé à une difficulté certaine dans l’oralité, ça fait que je suis fort nulle quand il s’agit de convaincre ou faire adhérer. Et puis autre gros mot : « politiques ». Arf. Il y a deux ans, j’ai tenté de donner gratuitement un cours de danse du monde dans ma commune. Après 6 mails, 2 coups de téléphone, une rencontre, une grande salle dispo, eh bin je n’ai pas réussi. Ça donne un aperçu de la fucking inertie et de l’énergie qu’il faut mettre pour bouger d’un poil de cul la machine. Alors, là… (Nota bene clin d’oeil kikoulol, la maire habite à une maison de la mienne.)

J’ai aussi regardé le film « Demain », que je n’avais pas encore visionné. Enfin, j’ai commencé à le regarder. Je n’ai pas pu aller au bout tellement cela m’a plombée : tout ce qui était décrit existe depuis des années, tout cela j’en avais déjà connaissance, cela fait des années qu’on martèle ces mêmes messages, des années que des bouts de population engagée s’enlèvent les doigts, mais j’ai l’impression que rien ne bouge. J’attendais du neuf, ou au moins du résultat! Concrètement dans ma vie, dans mon entourage, je ne vois pas d’évolution. En revanche, je vois bien l’étau qui se resserre autour de la gorge de mes fils…

Nous mettons en place des choses, à titre individuel, chaque année apporte son petit pas de fait vers l’empreinte écologique minimum. Mais je ressens de plus en fort les limites de cette démarche individuelle (tout en y croyant très fort, hein, on est pas à l’abri d’un paradoxe). J’éprouve un terrible sentiment de frustration et d’inefficacité.

Media différent, conclusion identique. Hors « LesGens » et le collectif, point de salut. Et encore. La difficulté majeure aujourd’hui est de trouver LE point de convergence, la zone et le mode d’action où vont se rejoindre tous ces hommes et femmes de bonne volonté qui changent des petits bouts de leur monde. D’ailleurs, je vois plus cela comme des pièces de puzzle à assembler, moi, qu’un point de convergence universel à trouver…

Alors j’ai pris mon courage, ma bite, mon couteau et mon clavier à deux mains, et j’ai cherché #LesGens, dans mon coin, qui se bougent. Les individuels, les assos, dans le Zéro déchet, dans le recyclage, dans les circuits courts, dans l’ESS, la permaculture,  j’ai regardé les événements qui allaient avoir lieu pas loin, dans pas longtemps, autour de la transition énergétique, je me suis abonnée à mille pages facebook,  et je leur ai écrit (oui, bon, on se refait pas totalement, hein, le téléphone sera l’étape ultime, je crois).

J’ai parallèlement commencé à bosser sur ma posture, mon positionnement et mon discours. Beaucoup à élaguer, beaucoup à clarifier et un sacré chantier. J’ai lu, j’ai regardé 100 TED talks sur le storytelling et le discours qui convainc, du coup j’ai lu un bouquin sur les gens qui interviennent dans les TED talks, au passage j’ai trouvé ma probablement prochaine voie professionnelle (tu sais, ou pas, j’ai repris des études en psychologie en cours à distance…?) (je serai donc « psychologue environnementale », pour décrypter pourquoi et comment l’homme entre -ou pas dans une démarche écologique), j’ai mouliné, j’ai laissé infuser.

Le fait de faire le point sur comment je veux me définir aux yeux des autres et ce que je veux présenter à la face du monde, pour que ça colle avec ce que je ressens de moi, m’a notamment obligé à accepter le mot « écologiste » (je déteste les mots en -iste, you know, et celui ci peut être plus que les autres). J’ai accepté également, de fait, les projections qui ne vont pas manquer de l’accompagner, et je suis prête à les déconstruire, une à une.

On m’a dite militante, mais là le mot coince. Militante, c’est militaire, c’est entrer en défense, en attaque, en guerre. Il va falloir encore changer beaucoup pour arriver là, et je crois que ça ne sera jamais mon chemin ni mon mode d’action (faut pas déconner, quoi). Mais bon, j’assume désormais, je suis écologiste. Par éthique, par réflexion, par nécessité vitale de cohérence avec moi-même.

Donc, je disais.  J’ai agi, et j’ai contacté. Et comme souvent quand on se met à se bouger, l’univers se met en branle autour de soi.

Et finit donc par te faire atterrir, un Mardi soir (en fait pour être exact deux Mardis soirs d’affilée), dans un ciné associatif pour parler SCOP (ça c’était Jules la semaine dernière) ou démarche et pérégrinations Zéro Déchet (ça c’était donc moi hier).

zero-fb-twit-insta-youtub_v2-600x338Avec en bonus le réconfortant sentiment de se sentir moins seule(s), de voir autour de soi, pas si loin, d’autres personnes se sentir concernées, les voir confrontées aux mêmes questionnements, et mutualiser leurs expériences et réponses. Ça fait du bien, et ça regonfle. Et tout comme la construction de KerBiloute nous avait amené par vagues de belles personnes et de belles amitiés, toujours là 8 ans plus tard, tout comme elle a amené Jules à sa place professionnelle dans ce monde, parmi les « siens », je ressens à nouveau ce plaisir du partage, du tissage de liens neufs, des histoires et vécus différents qui amènent au même endroit un jour J, parce qu’une cause, qu’une valeur forte, belle et importante (je dirai même bien supérieure à nous) nous rapproche.

Fin de la projection, fin de l’envolée lyrique. Aller vers les Autres c’est aussi à un moment se confronter à une réalité, la leur. Une projection de film devant un public plutôt déjà sensibilisé, donc normalement acquis à la cause, suivie d’une bonne heure de questions/réponses… dont plus de la moitié à destination des instances politiques locales présentes autour d’une question visiblement centrale : la taille et le coût de la location des poubelles. (J’avoue qu’au bout de la 4è intervenante sur le sujet, j’ai lâché un peu, ça tournait en rond, je trouvais personnellement que c’était sacrément réduire l’objet de la discussion.)

Alors pour le coup, « se frotter aux politiques », on était pile dedans. Sauf que là viennent aussi se confronter les différentes motivations à la réduction des déchets (écologique et/ou économique, principalement), la difficulté à engager une démarche collective sans perdre les bonnes volontés individuelles (comment financer la gestion des déchets à l’échelle d’un territoire en essayant d’être le plus juste possible avec le plus grand nombre… et en réussissant à équilibrer un budget?) et puis, hum : comment faire adhérer à un discours de bon sens et de responsabilisation, face à des citoyens à qui on a appris à fonctionner selon la méthode pédagogique bâton/carotte?

Certes, vue l’urgence, je conçois qu’on puisse être en mode « la fin justifie les moyens » : on va les faire agir, et après ils réfléchiront… ou pas, mais ils auront pris les bonnes habitudes et intégré le discours. Je conçois, j’adhère moins. A mon sens, ce ne sont pas les leviers à activer pour un vrai changement sociétal. (alors lesquels? …revenez dans 3 ans et demi, quand j’aurais fini mes (re) études de psycho, j’aurais peut être des réponses!) Anyway, ça a carrément fait du bien de rencontrer des représentants des instances politiques locales qui entendent, partagent ce discours et mettent des actions en place. Et moi je comprends un peu plus l’inertie de la machine…

Bref. Avec Jules, je ne sais pas où on va, mais on a repris la route de plus belle, je crois. J’ai retrouvé la foi (OK, je l’avais pas perdue bien longtemps), et peut être trouvé la parole!

***

NEXT

Samedi 26 Novembre à Saint Renan : « ça coute pas un radis » de 9h à 13h sur le marché : zone de gratuité, ateliers divers et variés autour du zéro déchet.

Plus de renseignements sur la gestion des déchets en pays d’Iroise : contacter Michèle HENOT michele.henot@ccpi.bzh , n’hésitez pas, c’est une crème.

Retrouvez des extraits du documentaire « Ma vie Zéro déchet » sur Youtube et la conférence de Jean Louis Etienne sur Daily

Le dernier bouquin de Gaël Dérive : « A hauteur d’homme »

 

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