Lecture _ L’âge des Low Tech, Philippe Bihouix

71qgpdllfblA force de me faire recommander ce livre, il était temps que je le lise (que je le luse? ce que j’aime avec le subjonctif c’est qu’une fois sur deux, c’est au pif). Commençons par les états de service du Monsieur : voici ce qu’en dit le site de l‘Institut Momentum, où il siège au conseil d’administration (et où je suis en train de me dire, j’enverrais bien une demande de stage, tiens) (oui, je veux/suis en train d’essayer de devenir psychologue environnementaliste) (oui, ça existe) :

Philippe Bihouix est ingénieur centralien. Il a travaillé, en France et à l’international, dans différents secteurs industriels (énergie, chimie, transports, bâtiment, télécommunications, aéronautique…) comme ingénieur-conseil, chef de projet ou à des postes de direction. Il est co-auteur de l’ouvrage « Quel futur pour les métaux ? » (EDP sciences, 2010), qui traite de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, et pose les limites techniques et sociétales du recyclage, de l’économie circulaire et de la croissance verte. Il a publié en 2014 « L’âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable » aux éditions du Seuil dans la collection Anthropocène.

Première bonne surprise, le ton du livre est assez léger et humoristique. +10 points d’un seul coup, d’un seul. J’emprunte à tour de bras des bouquins sur le thème de l’écologie, et je referme un bon 50% sans avoir fini de les lire dans le délai imparti par la bibliothèque, la faute à une forme supra-rébarbative.

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Déjà, parler écologie sans catastrophisme aujourd’hui c’est compliqué, je veux dire le fond est sombre, et on est bien obligé de parler du fond à un moment, alors si en plus on doit se fader des textes imbuvables, faut une bonne dose de disponibilité intellectuelle et d’optimisme pour s’y mettre.

Le livre est intelligemment découpé en parties qui s’articulent clairement. Pas de redites pédagogiques reloutes, ce qui est écrit est écrit une fois (merci mon dieu, avoir l’impression de lire 600 fois la même chose expliquée de 10 façons différentes me saoule au plus haut point.). Une première partie (le premier « acte ») en forme de constat sur la finitude de nos ressources. Une seconde partie sur ce que recouvrent les « basses technologies ». Une troisième partie sur la réalité concrète de la seconde, que serait la vie une fois adoptées ces low tech. Et une dernière partie, qui en explore la faisabilité, sous forme d’ouverture et d’espoir (sinon, autant se tirer une balle de suite). Vous trouverez un très bon résumé-fiche de lecture du bouquin ici.

J’ai bien aimé la notion d’anthropocène. L’homme a tellement modifié et modifie tellement son environnement qu’on pourrait (peut? pourra?) en faire une ère géologique. J’ai bien aimé les chiffres concrets de la première partie. Pas les chiffres en eux-mêmes bien sûr, ms yeux se sont parfois dessillés à les lire, mais le fait d’avoir des ordres de grandeur que notre petit cerveau d’humain qui ne croit que ce qu’il voit a parfois du mal à appréhender. Je n’ai pas pris la peine de les remettre en question, ou de les vérifier, de toute façon je n’en ai pas les moyens ni la capacité. Et puis, la finitude des ressources est acquise, ce qui en découle est de la logique (ou du bon sens paysan, comme on préfère), si on me dit que ça se joue dans les 20 ans, je veux bien croire (et admettre que c’est une croyance… à haut degré de probabilité).

Je viens de la filière scientifique. Je travaille dans le financement de la recherche. J’ai travaillé 15 ans dans des boîtes de biotech. Je veux dire, j’étais acquise à l’innovation. Je pense être (ou au moins avoir été) dans ces % de précurseurs technologiques, ceux qui quand on leur présente une nouvelle technologie, trouvent ça génial et voient immédiatement ce qu’ils vont pouvoir en faire. C’est un vrai exercice pour moi, un vrai cheminement de pensée dans l’autre sens que de remettre en question le bien fondé du progrès technologique et des avancées scientifiques (je veux dire des avancées scientifiques en terme d’applications, et non pas de la recherche fondamentale, ça, rien ne me fera remettre en cause son utilité! Amen.).

Ok, ok. J’avoue que des fois, on arrive à un tel degré d’absurdité ou de réponse à un non-besoin que c’est pas si compliqué à interroger. Comme dirait Brené Brown (si tu connais pas son Ted talk, va vite le regarder! ), « Ce que nous faisons, c’est prendre la graisse de nos derrières pour la mettre dans nos joues. Ce qui je l’espère, dans une centaine d’années, fera dire aux gens qui nous étudieront : Woow…. »

Ce que propose et suppose viable Philippe Bihouix, c’est revenir à un niveau réellement soutenable de consommation. Avant de parler de croissance verte ou développement durable, ce qui, soit dit en passant est complètement antinomique. Tout ce qui accroit nos besoins énergétiques (à commencer par la multiplication de l’espèce humaine, outch, sujet qui pique et que nos générations futures devront se coltiner), peu importe comment on y répond, que ça soit vert ou pas vert, va puiser dans nos ressources finies (eh oui l’éolien, ce sont des éoliennes, le solaire, ce sont des cellules photovoltaïques, et tout cela il faut le produire, et donc extraire les matériaux, qui ont une durée de vie limitée et des capacités de recyclage ultra limitées….) Hors un changement radical de notre mode de consommation, point de salut. Mais il faut que celui ci soit viable, acceptable, pour vivre en répondant à nos besoins. Il est illusoire d’imaginer un monde qui y a goûté accepter de se passer de moyen de locomotion, ou d’aller puiser l’eau au puits. En revanche, d’autres pistes sont possibles. Des pistes où on travaillerait moins, mais mieux, et plus pour nous, chez nous, où on roulerait un petit peu moins vite et où on consommerait plus intelligemment. Et surtout… beaucoup MOINS.

Cette voie impliquerait de remettre en cause systématiquement nos besoins (ce que font ou ont commencé à faire, à mon avis, un sacré % des lecteurs de cette page…), et elle impliquerait un courage politique.. certes à l’échelle locale, mais, dit P. Bihouix, à l’échelle multinationale aussi. Et là il rejoint une de mes dernières réflexions.

Depuis maintenant pas mal d’années, les mentalités changent, on sait que les gens changent d’avis vis à vis du climat et de l’environnement. Et pourtant, à une autre échelle que ces actions dispersées en pointillés, on ne voit rien. On doit lutter pour chaque action mise en place, parce que la réglementation, l’offre ne suit pas. Des actions locales se mettent en place, par des associations, par des communes, des villes. Mais si la mutation ne se fait pas à un niveau plus large (et plus large qu’un pays), l’échelle est trop petite pour lutter contre la globalisation. J’imaginais une morcellement d’actions et de gens qui, en atteignant un poids critique ferait basculer la balance, sans bien voir comment. Et là, bin je ne sais plus! L’inconnu et le jamais vu, c’est un peu difficile à modéliser…

Bref. J’ai bien aimé ce livre. Il soulève les bonnes questions (j’ai grincé sur certaines…!). Même si, seul regret, (mais à chaque jour suffit sa peine?), il remet un peu vite le mouchoir sur d’autres, éminemment épineuses (« nous ne traiterons pas du sujet ceci ou cela »… oui mais souvent le sujet en question est un frein ou une problématique énorme… )

Et ça fait partie de ce qui me plombe un peu en ce moment. Je suis quelqu’un de fondamentalement optimiste et serein. J’essaie de ne jamais tomber dans le prosélytisme. Et je me surprends à lutter contre la colère, le sentiment d’urgence. J’ai envie de convaincre #LesGens, de les secouer comme un prunier, de les forcer à réfléchir et à agir.Quand je vois l’ampleur de la tâche et les freins qui existent (ou des climatosceptiques élus de l’autre côté de l’atlantique, AHAHAH), je me dis « mais comment va-t-on y arriver? ». Je déteste tous ces sentiments et ces pensées. Ça n’est ni moi, ni ce que j’ai envie de mettre dans ce monde. Alors je lutte. En ne luttant pas. Je laisse passer ma colère, j’essaie d’arrêter d’en vouloir #AuxGens, de me rappeler comment j’étais et je consommais à 20 ans, tout le monde n’en est pas au même endroit sur le chemin, et il ne faut pas les laisser derrière, il faut les accompagner!…. et j’essaie de voir que si, on avance.

On avance, hein?

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Une réflexion sur “Lecture _ L’âge des Low Tech, Philippe Bihouix

  1. J’apprécie cette fiche de lecture et suis en accord complet avec ton point de vue….J’ai un petit coté « aventurier » qui trouve cet avenir exaltant, mais pour les « non-aventuriers « , les  » bien assis dans leur fauteuils  » et les matérialistes, vu les changements en cours (mais pas encore bien perceptibles)et à venir, ça va être difficile à avaler !!! Plusieurs conférences et interviewes du Monsieur sur Youtube tout aussi intéressantes. Merci pour ce boulot !

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