Page blanche – 2019

Je ne suis pas fâchée que 2018 se termine. Pourtant, si je considère uniquement les faits c’était plutôt une bonne année (postulat de base : les mauvaises années quand on est blanche, éduquée, en bonne santé, et du bon côté de la planète, ça reste relatif) : des ouvertures professionnelles avec la perspective d’un job enfin épanouissant et utile, enfin! enfin l’étape au dessus du job bien-mais-pas-top dans lesquels je végète depuis 20 piges, un déménagement dans une maison parfaite pour nous, des enfants plutôt bien dans leurs baskets et une sérénité et un équilibre familial et conjugal inédits. Bref, niveau homeostasie et projets, normalement, c’était bon.

Comme quoi, le bonheur et la sérénité sont quand même très très endogènes… ce qui fait notre état d’esprit n’est vraiment pas ce qui arrive, mais ce qu’on en fait. Je ne me suis pas sentie aussi mal depuis 20 ans. Pour être honnête, à vrai dire, c’est pas tant 2018 que mes 40 ans qui ont été une année merdique. Un coup de massue dans la tronche, une prise de conscience brutale du temps qui passe, du temps qui reste, le retour des angoisses, la frustration de mes propres limites qu’il commence à être un peu tard pour dépasser, bref l’envie de se terrer. Je me sens vieille, diminuée, avec un corps sur le déclin, et trop peu de temps heureux qui reste, comme si c’était mes 70 ans que je venais de fêter. Le fait de prendre les transports en commun (en habitant en ville, je n’ai plus besoin de voiture) accentue le sentiment de vacuité et d’absence de liberté : tous les jours, je prends le même tram, je croise les mêmes têtes, je suis bercée par les mêmes virages, je vais remplir les mêmes tableurs excel des mêmes chiffres.

Ecologiquement parlant, ça n’a pas été mieux, je suis, là encore brutalement, passée d’un optimisme et d’une envie d’agir à une attitude complètement désabusée sur notre capacité à changer ce qui doit l’être tant qu’il est encore temps. J’ai passé une année à m’imaginer la vie future de mes enfants, avec le bide noué. Et puis, du coup, avec cette urgence de vivre que je n’arrive pas à gérer, l’égoïsme de profiter du temps qui reste et de protéger mes enfants se dispute avec l’absolue nécessité et besoin de faire ma part, de ne pas participer à ce monde dont je ne veux pas. Qu’est-ce donc que le défi écologique des décennies à venir, si ce n’est faire valoir le collectif sur les problématiques individuelles?

Je ne suis pas encore complètement sortie de la léthargie de cet état de choc. Je vais chercher un peu de résilience et d’espoir, et tâcher de réapprendre à en distiller, puisque de toute façon, c’est cela dont l’humanité va avoir besoin, peu importe ce qui se passe. Même avec un moral bancal, je ne résiste pas à l’appel de la page blanche du premier de l’an : ma liste des objectifs 2019 est prête.

1 / Premier objectif, et pas des moindres, car il concerne les habitudes alimentaires. Mon premier objectif est de diminuer l’impact carbone de notre bouffe. Pour ma part, cela passera par un régime végétarien « à la maison ». C’est à dire qu’invitée chez des amis, en voyage, ou au restaurant sans choix végé, je me laisse la possibilité de manger de la viande (et puis la perspective du « pour toujours » effraie un peu mes papilles), à partir du moment où j’ai pu m’assurer que la filière respecte le bien être animal. J’ai aussi lu des choses très contrastées sur l’impact écologique du végétarisme, versus la nécessité des pâtures et de garder un peu d’animaux d’élevage, je me propose donc de creuser cet aspect. J’ai également pour objectif de trouver des alternatives au thé, café, sucre roux, plus locales et à moindre impact de déforestation. Et de manger moins de chocolat, je suis une grosse grosse consommatrice (rien que de l’écrire, j’ai des palpitations, ouin)

2/ Compenser notre empreinte carbone. En 2019, nous avons prévu d’acheter un camion et de beaucoup voyager. Gros cramage de gasoil en perspective. Pour apaiser ma dissonance cognitive, j’ai décidé, de, mois par mois, évaluer grossièrement mon empreinte carbone, au moyen d’indicateurs par poste (énergie consommée, eau consommée, gasoil cramé, énergie grise estimée pour la bouffe, les fringues, etc). Et de compenser. Il existe plusieurs sites qui permettent de compenser son empreinte carbone, soit en reforestant, soit en investissant dans des projets écologiques. Je ne pense pas que nous aurons les moyens de tout compenser, il faudra trouver un seuil intelligent au delà duquel, nous compenserons à hauteur.

Amazon.fr - Une autre fin du monde est possible - Pablo ...

  • 3 / M’intéresser de près à la collapsologie. Puisque les probabilités de catastrophe et de fin du monde augment d’année en année d’immobilisme, eh bien préparons nous. Et préparons nous gaiement, parce qu’une année plombée, ça m’aura largement suffi!!! Je me suis offert pour Noël le dernier livre de Pablo Sevigne, ça me paraît une bonne entrée en matière. Et acquérir et faire acquérir aux enfants des compétences perdues : savoir faire pousser sa nourriture, savoir créer de l’énergie, savoir faire avec le réel.

  • 4 / Continuer le travail de minimalisme, de tri, et de recentrage sur l’essentiel. Perdre 40 m2 nous y a bien aidé, mais il y a encore du travail (c’est parfait quand il ne reste plus rien à enlever, plutôt que plus rien à ajouter, et c’est valable autant pour une garde robe, qu’une maison, qu’une bibliothèque… ou qu’une liste d’amis facebook ^^). Et savoir vivre avec moins permet aussi de se libérer du rapport à l’argent (qui reste une servitude comme une autre, et peut être bien celle dont j’ai le plus envie de me libérer). Avoir besoin de gagner moins, pour travailler moins, et vivre plus. Me désengager de certains relations, de certains liens qui me pèsent et ne me conviennent plus. Retrouver des espaces de liberté et d’expérimentation. Et il faut bien admettre que cela, je ne sais le faire que seule. Je crois beaucoup au collaboratif et au collectif, mais je n’arrive pas à trouver de compatibilité avec ma liberté.

    5/ Avoir moins peur. Oui, je sais que c’est pas pleine conscience, qu’il faut accepter nos émotions plutôt que chercher à les fuir, mais enfin le mode stress semi permanent, c’est quand même déprimant. Et là, j’avoue que je ne sais pas encore trop comment faire. Les techniques pour la trouille aigüe, je les ai depuis 20 ans. Mais il ne s’agit plus de gérer des crises d’angoisse ou des attaques de panique, c’est beaucoup plus un boulot de fond… il s’agit de retrouver une façon zen d’aborder la vie et l’avenir, d’apprendre à oser pour avancer. Probablement que respecter plus mon corps et ses capacités désormais fluctuantes, augmenter mes compétences, celles de mes gosses pour faire face… à tout, ralentir et profiter du présent, au lieu de vivre constamment dans le futur, devraient m’aider à aller dans le bon sens. Acceptation, résilience, pas beaucoup de suspens, en fait. 2019 sera une année de lâcher prise sur ma vie professionnelle et d’un gros défi, changer de métier à 40 ans, et se libérer du joug du salariat. Cela me terrifie plus que cela m’excite. Mais je sais que cela m’est nécessaire, il est plus que temps de vivre ma vie. Car comme tous les ans : je veux faire plus de ce que j’aime, plus de ce que je veux, et faire moins de ce que je ne veux pas.

    Liberté, liberté chérie, quoi. (business as usual, finalement).

    Publicités

    Un commentaire sur “Page blanche – 2019

    Laisser un commentaire

    Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

    Logo WordPress.com

    Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

    Photo Google+

    Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

    Image Twitter

    Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

    Photo Facebook

    Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

    Connexion à %s